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L'humain, cet autre animal

L’humain est au centre de mes préoccupations artistiques. La dualité entre l’humain et l’animal je l’ai traduite par une tête d’oiseau posée comme par oubli sur le corps d’un homme. 

Cette hybridité interroge le genre humain dans son rapport avec la nature, l'animalité, mais aussi avec le divin. 

Réconciliation.

 

Si je devais choisir un terme pour qualifier l’œuvre de Danielle Burgart, ce serait celui-là : réconciliation. Mais avant de parler de la réconciliation, voyons ce qui est en conflit. Les hommes à tête d’oiseau jalonnent l’œuvre de Burgart. Ils attirent le regard, ils interrogent, ils inquiètent, même, parfois – mais ils ne laissent jamais indifférent. En fait, ils sont le lieu où s’affrontent des forces antagonistes et cet affrontement les anime. Chaque entité, en effet, évoque son contexte d’origine : d’un côté des corps humains, virils, massifs, soumis à la loi de la gravité. Cette pesanteur leur confère une stabilité dans le mouvement ; même dans des positions instables et douloureuses, ils semblent lourds et impassibles, déterminés et calmes. De l’autre côté, des têtes d’oiseaux – plus précisément, des oiseaux de proie. Le propre de l’oiseau est d’échapper à la pesanteur. Et cette juxtaposition corps d’homme- tête d’oiseau crée une tension de par cette pesanteur malmenée, dominante dans le corps, bafouée par la tête. Cette tension est renforcée par le fait qu’un oiseau de proie est doté d’un cou dont la mobilité permet à la tête une rotation de plus de 180° - et cette mobilité, elle aussi, contraste avec la masse de ces corps, qui confine à l’immobilité. En outre, ces oiseaux ont une acuité visuelle grâce à laquelle ils voient un mouvement à quelques mille mètres ou plus – et d’ailes pour foncer dessus à 100km/h pour les plus lents. Acuité, vélocité, précision qui là aussi sont en opposition avec ces corps pesants dont on pressent la lenteur voire la gaucherie.

 

Un être, l’homme à tête d’oiseau – deux entités –  l’homme et l’animal. Au delà des détails physiques qu’évoque chacune d’elles, c’est un monde – son monde, dont elle est extraite – que chacune convoque. Deux mondes qui cohabitent dans un même être, deux mondes qui tendent à s’exclure mutuellement : celui de l’homme et celui de l’animal. Deux mondes qui se rencontrent pour se heurter, s’entrechoquer,  provoquant des frictions, des tensions, des déflagrations, presque. 

En fait, ces hommes à tête d’oiseau rendent visible le conflit dont l’humanité est le théâtre – conflit jamais résolu, jamais soluble : celui qui anime l’homme depuis qu’il s’est extirpé – ou a voulu s’extirper –  de la nature pour la dominer. 

Le conflit où s’affrontent sa part sociale, civilisée, normée, et sa part, socialement refoulée, d’animalité - sa part de nature, spontanée et non maîtrisable. L’être humain est le siège de ce conflit nié par la sacro-sainte croyance qu’il aurait dominé la nature et qu’il se serait libéré de son animalité.

En dotant ses humains de têtes d’oiseaux, Burgart restitue à l’humain sa part refoulée, reniée, muselée – sa part animale. 

 

Elle la laisse advenir sans jugement ni parti pris pour l’un ou l’autre. C’est en les juxtaposant qu’elle laisse ces deux entités – homme et animal – se côtoyer, se frotter l’une à l’autre, s’affronter sans qu’elles ne parviennent jamais à l’équilibre. Elle donne au conflit un espace où se déployer. Mieux : elle lui donne un langage. 

Ce langage donne une expression au conflit tel quel, sans chercher à le camoufler ou à le résoudre. Ce faisant, il le rend visible, ou plutôt l’exhibe. Il le laisse être – d’où l’impression de frictions, de tensions, même dans une scène aussi paisible que Le Fleuve de Vie, où dans ce paysage paradisiaque, les personnages centraux – les humains à têtes d’oiseaux - continuent d’exhiber leur dichotomie. Dichotomie au centre de l’univers burgartien. 

Si l’œuvre de Burgart est une œuvre de réconciliation, c’est parce qu’elle réconcilie l’homme non pas avec l’animal, mais avec le conflit qui l’habite et qu’il a pourtant oublié, nié, refoulé. Ce conflit ne prendra pas fin – du moins tant que les deux partis existeront. 

 

Réconciliation de l’homme avec sa dichotomie.

L'univers Burgartien : le point de vue d'une philosophe
     par Martha Boeglin Docteure en philosophie

un corps d'homme avec une tête de rapace peint par Danielle Burgart

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