Danielle Burgart entre ombre et clarté -
Luis PORQUET - Critique d'ART - 2005
Si Danielle Burgart consacre tout son travail de création au corps humain, elle l'aborde comme un champ d'expression dépassant largement ses limites. Le corps, c'est la part visible de l'être, mais c'est aussi par lui que nous communiquons, que nous sommes reliés au monde et tout d'abord à nos semblables.Rien n'illustre plus cet aspect que la danse, thème auquel Danielle Burgart accorde beaucoup d'intérêt, comme en témoignent ses impressionnants monotypes.
Peintre et graveur de formation, elle accorde une très grande attention aux mouvements de la lumière, passant sans cesse de l'ombre à la clarté. "Je ne suis pas vraiment une coloriste, affirme-t-elle, je viens en fait de la gravure".On ne peut cependant pas dire que ses huiles manquent de tonus ou de fermeté. Bien au contraire. On sent poindre en elles une violence souterraine, volcanique, mais qui n'est pas dévastatrice. C'est la violence même de la vie qui surgit, renaît, s'épanouit en gestes radieux ou se rebelle soudain, bouillonnante.Bien qu'on n'en voit jamais le visage, Danielle Burgart ne délaisse pas l'intériorité de ses sujets qu'elle confronte aux forces cosmiques (des vents et des aurores).
L'anatomie humaine, sa charpente et ses muscles et ses organes n'ont plus de secret pour cette artiste qui sait aussi se rendre caressante, comme on'peut le constater à travers se précieuse série de gravures. L'apaisement ainsi survient entre deux mouvements, deux gestes ou deux passes d'armes.
Tantôt le corps est seul, comme au repos, tantôt il se déploie, devient guerrier ou conquérant, s'épanouissant à même l'espace comme des notes sur une partition. Est-ce une réponse au monde virtuel qui tend à congédier la vie, à la placer hors champ, à nier comme une insulte? Il serait temps de ramener l'humanité à elle-même. L'actualité nous y enjoint.
D'une énergie bouleversante, les oeuvres de Danielle Burgart semblent nées dans l'urgence. Une impérieuse nécessité les achemine vers nous pour nous signifier notre essence. Nous sommes faits de chair et de sang, voués à empoigner la vie et à l'étreindre, à voir en l'autre ( en tous les autres) un frère ou une soeur. Mais nous restons le plus souvent absents, fermés, repliés sur nous même, comme si nous avions peur d'être vivants, peur du masque de peau dont nous sommes revêtus. Danielle Burgart nous encourage à vivre dangereusement. C'est à dire à sortir de nous-même.
L'univers pictural de Danielle Burgart
Christian Germak- ARTS GAZETTE INTERNATIONAL - 2003
Le monde pictural que Danielle Burgart construit autour du corps se nourrit à la fois de la douceur des ombres, de la force des reliefs qu'elle apporte, et la puissance des mouvements que suggère la composition. Négligeant les visages, comme les regards, ce sont ces corps, avec leurs muscles que Danielle Burgart fait parler.
Et quelle expression! Puisque son ¦il est loin d'être porteur d'une douce caresse. Elle scrute et découvre à travers les chairs, non point ce qu'elle veut leur faire dire, mais bien ce que l'individu exprime, elle le découvre et nous le présente, elle en étudie l'expression corporelle, la décompose et en extrait le sens. Car si pour l'un, elle nous montre l'élan et l'envolée d'un danseur, pour l'autre elle capte la force toute terrienne, enracinée, et au repos, qui est celle d'un athlète. Pour mieux exprimer son sujet, Danielle Burgart le place dans un environnement abstrait où les plages de couleurs sombres, mais accompagnées d'ocres, font vibrer le dessin lequel est le motif premier de la toile. La peinture de Danielle Burgart est celle d'un coup de crayon, avec sa précision, sa force, son dynamisme.
Corps en liberté
Pascale Thuillant - ART ET DECORATION - 2001
Nu, couché, debout, en train de danser, sans s'attarder sur une description précise, Danielle Burgart donne au corps humain une force vitale étonnante.
" J'ai envie que le corps reste corps tout en étant impliqué dans une
recherche formelle" (D.B.)
Ses oeuvres, où les corps monumentaux et tendus ne tiennent parfois qu'en partie, pages faites de moments captés, de contrastes entre les figures tracées avec vigueur et les effacements, entre les formes sensuelles et les fonds travaillés comme des scénographies abstraites, répondent parfaitement à cette double préoccupation.
Par le corps...
J.P. Gavard-Perret - philosophe - 1999
Par le corps, le corps comme une arme, comme une âme.
Comme si Danielle Burgart était une des rares artistes de ces temps à faire parler ce corps, à le tirer de ses anorexies contondantes. Le corps ainsi ouvert, mais pas à sa seule présence. Le corps qui parle d'un dedans qui remet en cause l'orthodoxie somnolente de nos images. Ce corps n'est plus promis au voyeur, à la seule dépense du regard. Le regard se doit de l'interroger car tous les "dispositifs" de Danielle Burgart sont fait pour cela. Ici en effet les éléments anatomiques ne sont plus des éléments de panoplies ou des reliques, mais des pièces à la fois brutes de décoffrage mais renvoient à notre propre mécanisation, à notre manière de nous vivre, et parfois peut-être à la perte de signification de notre propre devenir.
Ces corps par la violence qu'ils suggèrent, par cette violence en rapport avec notre propre violence, opère comme rappel. Rappel de l'inconnu en nous : celui qui ignore ou qu'on veut ignorer. Rappel aussi à notre délinquance et notre délitescence. Le corps donc comme médium qui impose sa majesté silencieuse. Qui se tient en arrêt pour nous viser dans sa superbe indifférence. Et l'oeuvre redevient énergie vitale.
Danielle Burgart touche à quelque chose qui est de l'ordre de la production : la production d'un autre corps - inconnu. Elle fait entrer dans un monde oublié, un monde confus pour en sortir. Enfin et autrement. Là le seul espoir de l'artiste, sa seule justification.